Sabra, Chatila
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Hotel St Georges
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Corniche
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Sabra, Chatila
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 CHABBIHAS

اشباح

8 photographies au sténopé
noir et blanc,

impression sur papier synthétique

111 x 156 cm

16 photographies argentiques

couleur,

impression sur papier enhanced baryté

15 x 20 cm

installation sonore, 9 min (en boucle)

« Sans intervention active, ni tentative de contrôle politique,

il ne peut y avoir d'espace public ou d'espace creux structuré. »

 

Claude Thiberge, La ville en creux

Beirut c'est la ville 7 fois détruite et 7 fois reconstruite. C'est une ville en lutte contre elle-même, une lutte entre la ville détruite et la ville nouvelle. Après la guerre civile, dans les années 1990, la reconstruction a été en majorité menée par SOLIDERE, la Société libanaise pour le développement et la reconstruction fondée en 1994 par l'ex-premier ministre Rafic Hariri, qui avait fait une priorité de la reconstruction du Liban et du retour à une vie normale. Cette société privée a été boulimique de destruction-reconstruction : la plupart des bâtiments historiques ont été rasés sans tentative de réhabilitation.

 

Pourtant les immeubles en ruine hantent constamment le champ de vision, les constructions interrompues pendant la guerre civile et jamais achevées suspendent les rues dans un temps sur lequel elles n'ont pas de prise. De leur côté, les buildings modernes, occupant avidement l'espace pour remplacer les immeubles-témoins de la guerre, attendent d'être loués, rachetés, de servir plus que les autres - mais manquent désespérément eux aussi d'occupants humains. La complexité politique suite à la guerre civile a laissé le champ libre aux sociétés et investisseurs privés de différents secteurs économiques. Beirut a des allures de ville oubliée tout en étant saturée de travaux et de constructions nouvelles. L’urbanisme se fait sans plan ni organisation et paraît incohérent et chaotique. Il n'y a pas d'espace public structuré, donc pas d'espace commun habitable.

 

C'est la sensation que ces photographies tentent d'exprimer. Le temps de pose de la prise de vue au sténopé a permis d'évacuer les voitures, d'habitude omniprésentes. Mais il rend aussi invisible toute présence humaine. Malgré un temps de pose relativement court du fait de la forte lumière, on ne distingue que quelques silhouettes qui habitent ces lieux pourtant emblématiques de la ville. L'installation sonore témoigne de ce paradoxe en restituant le son des déplacements : l'espace public n'est pas un espace où l'on s'arrête mais seulement un espace que l'on traverse pour se rendre d'un point à un autre. Les photographies en couleur sont quant à elles d'ironiques cartes postales, déplacement du panorama habituel vers des lieux laissés à l'improvisation et où ressurgissent les cicatrices de la ville.

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